
Cet article analyse l’accueil et l’accompagnement des étrangers primo-arrivants en France à travers le prisme du contrat d’intégration républicain (CIR). S’appuyant sur une recherche-action menée dans six régions, il met en lumière les disparités territoriales dans la mise en œuvre des politiques d’intégration et les adaptations des professionnels aux réalités locales. L’étude révèle un décalage entre les objectifs nationaux et les expériences vécues sur le terrain, soulignant les difficultés rencontrées par les travailleurs sociaux et les tensions liées aux temporalités du processus d’intégration. Elle met en évidence la diversité des acteurs impliqués, allant des institutions aux associations et aux bénévoles, ainsi que les pratiques innovantes développées pour pallier les limites du dispositif institutionnel. L’interrogation porte également sur la notion d’intégration, la considérant comme un processus dynamique et réciproque, marqué par des enjeux d’interdépendance et de pouvoir entre les étrangers et la société d’accueil. Enfin, il souligne la nécessité d’une approche territorialisée et d’une meilleure coordination des acteurs pour favoriser une intégration réussie.
Cet article s’attache à analyser l’impact croissant de l’intelligence artificielle (IA) dans le champ du travail social. Il insiste sur la rapidité et l’ampleur des mutations induites par cette technologie. Après avoir resitué l’essor de l’IA dans un contexte mondialisé et présenté quelques chiffres clefs, le texte distingue IA et algorithmes, montrant comment ces outils transforment les pratiques, les services et les relations au sein du secteur social. Tous les secteurs sont ou seront touchés, en particulier dans la protection de l’enfance, l’accompagnement des personnes âgées ou encore la gestion des allocataires du RSA. L’auteur identifie les risques majeurs : reproduction des discriminations, perte d’expertise humaine, opacité des processus et menaces sur la confidentialité des données. Il insiste sur la nécessité absolue de maintenir une réflexion éthique collective, centrée sur la dignité, la justice et l’autonomie des personnes. Ceci afin que l’innovation technologique renforce l’intérêt général plutôt que d’accroître la vulnérabilité de certains publics. Plusieurs principes sont mis en avant pour garantir l’éthique des usages dans les pratiques professionnelles. L’article conclut sur l’importance d’une alliance entre développeurs, professionnels et décideurs pour préserver l’humain comme priorité du travail social.
Cet article interroge les usages sociaux de l’intelligence artificielle (IA), plus précisément les gestes relationnels constitutifs des métiers de l’accompagnement. Il retrace l’évolution des imaginaires et des technologies, depuis le test de Turing jusqu’à l’irruption des IA génératives, pour souligner la remise en question croissante de la frontière entre compétences humaines et simulations algorithmiques. L’analyse met en lumière une rhétorique dominante, qui réaffirme la valeur des compétences sociales comme dernier bastion de l’humain dans un monde automatisé. En mobilisant une approche constructiviste, l’article propose de considérer ces compétences non comme des propriétés essentielles, mais comme des constructions historiques et socioculturelles que l’émergence de l’IA pourrait réactualiser. Pour le travail social, il s’agirait moins de défendre une authenticité relationnelle figée, mais l’engagement d’une coopération conflictuelle, permettant d’élaborer collectivement un cadre de confiance sur les usages de l’IA.
Les relations entre les systèmes d’IA et le travail social semblent à la fois complexes et non stabilisées. Dans la suite de la révolution numérique, la transformation algorithmique fait légitimement craindre une « disruption » bouleversant les emplois et les métiers traditionnels. L’éthique peut-elle venir « au secours » de telles menaces ? Face aux bouleversements sociotechniques en cours, si l’éthique naïvement définie ne saurait sauver personne, une approche à la fois globale et réflexive des innovations numériques et algorithmiques permet de préparer les nouvelles conditions du travail social. Les pratiques de co-conception (ou co-design) impliquant des formes variées et approfondies de raisonnement éthique ouvrent une telle voie. L’éthique s’entend alors comme une réflexion collective impliquant un dialogue entre les parties prenantes de l’activité professionnelle, permettant une nouvelle forme de « convivialité » avec les outils du travail et entre les personnes engagées dans l’activité, au profit d’une société « décente ».