
La vallée du Gier, entre Lyon et Saint-Étienne, se caractérise par la persistance d’un tissu dense de petites entreprises industrielles, dans la métallurgie-mécanique notamment. L’analyse des parcours socio-professionnels des dirigeant·es de cette industrie historiquement implantée dans le territoire démontre l’existence d’un milieu entrepreneurial « ancré », où la carrière patronale s’appuie le plus souvent sur des héritages familiaux, de solides formations techniques et des réseaux de coopération plus ou moins formalisés. Ces dirigeant·es font face à des défis assez nouveaux de recrutement et de renouvellement, nés des tensions d’une industrie mondialisée, qui remettent en cause les processus habituels de transmission ou de reprise de ces entreprises.
Occuper nombre de mandats petits patronaux non-indemnisés nécessite d’être en activité professionnelle. Comment vivre « pour » cet engagement sans vivre « de » lui, tout en se maintenant à la tête de son entreprise ? À partir d’une enquête sur une organisation de petit·es commerçant·es, cet article étudie la contribution de la famille à la résolution de ce paradoxe. Corps collectif dont les membres sont pris dans un système d’interdépendance matériel et affectif, elle assure partiellement le fonctionnement de l’entreprise. Plus encore, les maisonnées participent activement à l’activité syndicale. Le fonctionnement de l’organisation patronale repose donc sur une double exclusion : exclusion des individus qui ne peuvent recourir à la force de travail de membres de leur maisonnée pour s’engager et exclusion de ces derniers dont le travail est invisibilisé et approprié par les mandataires et l’organisation.
Les petit·es commerçant·es sont réputé·es être protestataires. Cet article propose une autre vision en s’intéressant aux modes d’engagement dans l’action collective à l’échelle locale. Il donne à voir des comportements revendicatifs à la fois diversifiés et éloignés de la figure de l’activiste. À travers l’étude d’un espace urbain, cet article dégage deux types d’engagement qui renvoient à des profils socioprofessionnels contrastés. Enfin, l’article analyse le poids de la dimension spatiale dans l’action collective professionnelle.
L’article analyse la genèse, le recrutement et les activités d’une association de dirigeants d’entreprises dans le monde de la pâtisserie de boutique, association réservée à ce que les fondateurs désignent comme des « professionnels d’élite ». L’article soutient que l’hybridation entre une communauté de pratique – dédiée au partage de connaissances liées à la direction et au développement de petites entreprises – et un collectif affirmant constituer une élite s’opère, d’une part, par la prise en compte de la localisation des candidats afin d’éviter la concurrence entre membres et, d’autre part, par la création et l’entretien de revendications de supériorité par rapport à d’autres boutiques de pâtisserie sur les marchés locaux ainsi délimités.
Au Kenya, se dire patron est une condition et une revendication. Dans une société où les activités économiques sont contraintes par la dépendance à des réseaux de clientèle politique et par de fortes obligations redistributives, il s’agit de défendre la possibilité d’une accumulation autonome. Cela consiste, pour les patrons, à se saisir des labels et des normes produits par les institutions internationales, pour mettre à distance les plus pauvres et à se distinguer des plus puissantes que soi. Une entrée par les clubs privés permet de comprendre comment sont dites et vécues, dans le quotidien de ces acteurs, ces tentatives de désencastrement du champ économique.