
George Sand est en littérature une « exception admise », selon l’expression balzacienne, en cela qu’elle est la seule femme à prendre rang parmi les hommes dans la mythologie romantique. Cette formule suggère une tension heureusement surmontée entre l’individu et le groupe : elle mérite cependant d’être interrogée. Sand exalte volontiers le groupe dans ses textes, en ce qu’il répond à son aspiration à la fraternité des arts et des artistes, mais se montre ambivalente vis-à-vis des groupes auxquels elle pourrait s’associer dans son existence, partagée entre adhésion et mise à distance, soucieuse de conserver son indépendance. L’article propose d’étudier cette ambivalence en établissant une typologie des groupes auxquels Sand participe avant d’observer la chronologie de son rapport au groupe dans la durée de sa carrière d’écrivaine. Ce parcours, qui prêtera attention aux représentations qu’elle en donne dans son œuvre, permettra de suivre l’évolution de la conception du groupe Sand.
Este artículo recupera el relato del viaje por España de la condesa de la Morinière, publicado en 1909 bajo el título Du 30 à l’heure. D’Irun à Algesiras. Se trata de un relato olvidado a pesar de ser el primer viaje que una mujer francesa realiza en coche por España y deja constancia escrita del mismo. Se realizará una aproximación por un lado a las características formales y de recepción del mismo y, en segundo lugar, a fin de contextualizarlo, al auge del deporte, de la vida al aire libre y a la mayor independencia de la mujer, ligado todo ello a la sociedad hedonista de la belle époque. Seguidamente, el tema de la hospitalidad será el hilo conductor de nuestras reflexiones, pues intentaremos dar respuesta a si el moderno medio de transporte utilizado, el automóvil, moldeó nuevas formas de hospitalidad / hostilidad entre el extranjero y el autóctono.
Peu connue en Espagne, Esther Nirina a été l’une des écrivaines francophones les plus célèbres à Madagascar, son œuvre s’inscrivant dans un ensemble majeur appelé littérature indianocéanique. Modèle d’hybridation entre les cultures française et malgache, Nirina représente la mise en abîme d’une partie considérable de la société malgache. Son caractère d’entre-deux l’amène à écrire de la poésie, ce qui lui permet d’apaiser la nostalgie qu’elle ressent une fois en France. En me servant de l’anthropologie littéraire et de l’écoféminisme, j’étudierai la façon dont Nirina aborde des sujets comme le milieu naturel et son impact ; le rôle familial et social des femmes et la conjonction global/local lors de sa quête de soi, dans ses trois recueils de poèmes en français : Silencieuse respiration, Simple voyelle et Lente spirale. L’analyse permet de regrouper les idées exprimées par la voix poétique de Nirina en trois catégories : nature, condition féminine et cosmopolitisme.
Cet article analyse Julie ou La Nouvelle Héloïse (1761) de Jean-Jacques Rousseau à partir de l’esthétique rococo, envisagée comme une catégorie critique opératoire en littérature. Il se donne pour objectif de remettre en question l’interprétation téléologique qui fait du roman une œuvre « préromantique ». L’hypothèse défendue est que Julie s’inscrit pleinement dans la sensibilité rococo du XVIIIe siècle, caractérisée par la grâce, l’intimité, la théâtralisation mesurée de l’affectivité et l’intégration morale du sentiment. La méthode adoptée repose sur une approche esthétique et historiographique, croisant analyse textuelle et contextualisation culturelle. Cette relecture vise à restituer la cohérence esthétique du roman et à affirmer l’existence d’un véritable rococo littéraire, doté d’une autonomie esthétique propre, revalorisé comme cadre interprétatif autonome.