This article focuses on the problem of the categorization of the adverb sans doute as an epistemico-modal marker or an evidential marker. Starting from a critical appraisal of an analysis proposed by Bourmayan et Ashino, in which sans doute is considered fundamentally epistemico-modal, three hypotheses are presented, which depart from theirs. First, sans doute has as its main lexical element an inferential evidential value: it signals that the content qualified by the adverb is the result of a defeasible type of inference from clues/premises. Second, due to the defeasibility of the inference, the statement containing the adverb takes on, invariably, a pragmatic value of non-certainty, not lexically coded, however. Sans doute is thus not an epistemico-modal marker by itself in contemporary French. Third, the adverb combines these values with an epistemic value of what we call "posture of certainty". Different from epistemic modality, which refers to an evaluation in terms of certainty, and/or to the epistemic cognitive state linked to that, posture of certainty refers to what can be called the tone or epistemic behavior of confidence the speaker shows. Sans doute therefore indicates without contradiction, a defeasible and, thus, uncertain hypothesis, presented with a tone of full confidence. Cet article porte sur la question de la cat & eacute;gorisation de l'adverbe sans doute comme marqueur & eacute;pist & eacute;mico-modal ou comme marqueur & eacute;videntiel. Partant d'une & eacute;valuation critique d'une analyse par Bourmayan et Ashino, qui voient dans sans doute un marqueur fondamentalement & eacute;pist & eacute;mico-modal, trois hypoth & egrave;ses sont propos & eacute;es qui s'& eacute;cartent des leurs. Premi & egrave;rement, sans doute a comme valeur lexicale premi & egrave;re une valeur & eacute;videntielle inf & eacute;rentielle : il signale que le contenu qu'il qualifie est le r & eacute;sultat d'une inf & eacute;rence de type d & eacute;faisable & agrave; partir d'indices/pr & eacute;misses. Deuxi & egrave;mement, de par le caract & egrave;re d & eacute;faisable de l'inf & eacute;rence, un & eacute;nonc & eacute; avec sans doute prend invariablement une valeur pragmatique de non-certitude, qui n'est pas cod & eacute;e lexicalement. Sans doute n'est donc pas un marqueur & eacute;pist & eacute;mico-modal par lui-m & ecirc;me en fran & ccedil;ais contemporain. Troisi & egrave;mement, l'adverbe combine sa valeur & eacute;videntielle avec une valeur & eacute;pist & eacute;mique appel & eacute;e posture de certitude prise par le locuteur. Diff & eacute;rente de la modalit & eacute; & eacute;pist & eacute;mique, qui repr & eacute;sente un jugement en termes de certitude et/ou une description de l'& eacute;tat cognitif & eacute;pist & eacute;mique aff & eacute;rent, la posture de certitude r & eacute;f & egrave;re au ton ou comportement & eacute;pist & eacute;mique d'assurance que montre le locuteur. Sans doute peut signaler ainsi, sans contradiction, une hypoth & egrave;se, d & eacute;faisable et donc incertaine, mais pr & eacute;sent & eacute;e avec un ton de pleine assurance ou confiance.
Dans cette étude, nous montrons que l’adverbe manifestement a un fonctionnement endophrastique (appelé aussi fonctionnement comme ‘adverbe de constituant’), contrairement à ce qu’affirment certaines études, comme Molinier & Levrier 2000, où manifestement est catégorisé et décrit uniquement comme adverbe exophrastique (‘adverbe de phrase’). Cette étude avance plusieurs arguments en faveur de cette hypothèse ; elle les tire de la description de propriétés sémantiques et syntactico-distributionnelles de manifestement, qui montrent que cet adverbe doit nécessairement avoir un emploi endophrastique en français contemporain, à côté de son emploi exophrastique, reconnu par tous. Les propriétés sont illustrées d’exemples authentiques provenant de bases textuelles gigantesques du français. Cette étude réalise la première étape dans un projet de recherche plus large visant à établir que manifestement, dans son emploi exophrastique, peut être considéré comme un marqueur évidentiel. Pour parvenir à ce résultat, il faut être en mesure tout d’abord d’identifier d’éventuels emplois endophrastiques de l’adverbe, pour pouvoir les écarter ensuite, puisque seuls des emplois exophrastiques d’un adverbe peuvent prétendre (éventuellement) au statut de marqueur évidentiel. Or, on ne peut espérer identifier des emplois endophrastiques pour manifestement que si on accepte et démontre d’abord que ceux-ci existent. Cette contribution démontre qu’ils existent.
This study focuses on two uses of visiblement, an adverb linked to perception: its use as.a manner adverb (called "endophrastic") and its use as a sentence adverb (called "exophrastic"). We first characterize the two uses semantically (as an adverb of perceptibility and as an adverb of inferential evidentiality, respectively). We then present and evaluate the various tests and criteria used in the specialized literature to identify these two uses in context. Lastly, we examine how prosody can provide an additional tool for the identification of the two uses. Our analysis of read utterances containing visiblement in audiobooks shows that the distinguishing factor is tone: exophrastic visiblement is pronounced with a rising tone; endophrastic visiblement with a falling or neutral tone.
Cette étude porte sur deux types d’emplois de visiblement , adverbe lié à la perception : un emploi comme adverbe de constituant (dit « endophrastique ») et son emploi comme adverbe de phrase (dit « exophrastique »). Nous caractérisons d’abord sémantiquement les deux emplois (respectivement comme un adverbe de manière liée à la perceptibilité et comme adverbe évidentiel d’inférence). Nous présentons et évaluons les divers tests et critères décrits dans la littérature spécialisée pour identifier ces deux emplois en contexte. Nous examinons pour finir comment la prosodie peut offrir un outil supplémentaire pour reconnaître les deux emplois. Notre analyse d’énoncés lus avec visiblement dans des audio-livres montre que le facteur distinctif est le ton : visiblement exophrastique se prononce avec un ton montant ; visiblement endophrastique avec un ton descendant ou neutre.
Dans cet article, nous montrons que la suite de mots à ce que je vois peut être considérée comme un marqueur évidentiel, quand elle a le statut d’une collocation à fonction d’adverbial de phrase. Selon le contexte, elle marquera la perception directe (cas le moins fréquent) ou l’inférence sur la base d’indices perçus (cas de loin le plus fréquent). La collocation autorise aussi une interprétation de « perception limitée », signifiant « pour autant que je puisse voir ». Celle-ci s’explique par la présence implicite à l’intérieur de la collocation, ou explicite, dans sa variante à ce que je peux voir, du verbe modal pouvoir, à signification de « capacité ». La possibilité d’interprétation comme perception limitée amène pour l’emploi évidentiel inférentiel de la collocation, le caractère « défectible » (defeasible) de la conclusion inférée, qui, lui, est de nature à avoir une influence négative sur la fiabilité de l’information.
VISIBLEMENT EN FRANÇAIS, VISIBLEMENTE EN ESPAGNOL : DES MARQUEURS ÉVIDENTIELS DE PERCEPTION DIRECTE OU D'INFÉRENCE ? was published in Marcadores del discurso y lingüística contrastiva en las lenguas románicas on page 63.
The French adverb certainement ('certainly') is labelled a "modal adverb". It has two (sentence adverb) uses according to the literature, called "strong modal use" and "weak modal use". The strong modal use is indeed strong (epistemico-)modal in that it indicates total certainty, whether subjective or intersubjective. What is called its "weak modal use" is shown to be an evidential use. It indicates primarily that the content qualified by the adverb results from a non-monotonic inference, performed by the speaker, whose conclusions are plausible, defeasible, and thus never totally certain. This is due to the presence of an evidential-inferential component in its meaning. As for the so-called weak modal element of "probability" in its meaning, we reanalyse it as "noncertainty" and argue it is an element of utterance meaning, a property of quasi-assertions to which non-monotonically inferred content gives rise. Finally, we claim that the adverb also has a meaning component that we call "epistemic posture of certainty", shown to be different from epistemic modality. On the basis of three parameters and their values, we show how certainement can be interpreted, in a series of contextual configurations, either as an instance of its epistemico-modal use or of its evidential use.
In this article, we show that the sequence of words a ce que je vois can be considered a marker of evidentiality, when it has the status of a collocation with sentence adverbial scope. Depending on the context, a ce que je vois will mark direct perception (less frequent case) or inference based on perceived clues ( most frequent case). The collocation also allows an interpretation of "limited perception", (meaning "as far as I can see"). This can be explained by the implicit presence within the collocation, or by the explicit presence in its variant a ce que je peux voir, of the modal verb pouvoir, meaning "capability". The interpretation of limited perception is responsible, with the inferential evidential use of the collocation, for the defeasible character of the conclusion, which is likely to have a negative influence on the reliability of the information.
We propose a detailed analysis of the complex preposition au dire de/aux dires de and of the main elements of its structural schema: X, its complement, and Y, the proposition in the scope of the prepositional phrase au(x) dire(s) de X, which functions as a sentential adverbial that indicates the origin or source of the information provided in Y. This use (symbolized as COMT), is opposed to two non-prepositional uses of the combination au(x)+dire(s)+de X, symbolized respectively as CIRC (adverbial complement of time/cause) and SEL (essential argument selected by the verb or complement added to a noun, adjective, adverb or preposition). Are described then the distributional, morphosyntactic and semantic properties of the lemma dire, the noun phrase le dire and the initial preposition à/au(x) ; then those of the elements X (namely the substitutability of the prepositional phrase by a possessive adjective) and Y (in particular its semiotic status, its forms and sentence modalities) and the place of the prepositional phrase au(x) dire(s) de X in the sentence.
Dans cet article, nous montrons que l’emploi du conditionnel que nous appelons « conditionnel épistémique 1 » (CE1) peut être considéré, de plein droit, par son sémantisme propre, comme un marqueur évidentiel de reprise. Nous montrons que la valeur de non-prise en charge qui lui est souvent associée comme position neutre du locuteur, parfois même comme le trait le plus important de sa signification en langue, n’est qu’une valeur seconde, dérivée, qui découle indirectement de sa valeur de reprise à autrui et qui peut parfaitement être annulée par des éléments du contexte.
Abstract In this paper we describe the French adverb visiblement in synchrony as well as in diachrony on the basis of all its occurrences in the data base Frantext. We show how and when it developed into an evidential marker. We examine the various distributional, syntactic and semantic changes the adverb underwent, from Old French until now. Regarding its evidential meaning, we show that visiblement, despite the presence of the perception element visible in its morphology, belongs to the category of evidential markers of inference (on the basis of perceivable or cognitively clear evidence) and not to that of evidential markers of direct perception. Finally, on a more theoretical level, we show in this study that in the case of visiblement semantic change precedes syntactic change, which seems to be rather uncommon.
A vue d'oeil is an adverbial phrase that has escaped the attention of linguists, despite its rich and varied polysemy and interesting problems it poses. We have chosen to study it here because it has uses that are interesting cases of lexical evidentiality - whose study is very popular amongst linguist the last decade -, more specifically inferential evidentiality. We will present here the two main types of inferential operations to which the locution, depending on the type of propositional content it qualifies, can refer as an evidential marker: "analysis" and "estimation", as we call them, each of which is subdivided in three or four more specific inferential operations. We show how these inferential operations are found in one of the three meanings of the uses of the adverbial phrase in which it combines with verbs that explicitly describe these operations of "acquisition of information", inside the propositional content. (compter, mesurer, calculer ou identifier.). We will situate this meaning in the polysemy of the endophrastic uses of the phrase. In the last part, we examine and compare the value and the evidential status of the two exophrastic meanings of the phrase.
In this paper we describe the French adverb visiblement in synchrony as well as in diachrony on the basis of all its occurrences in the data base Frantext. We show how and when it developed into an evidential marker. We examine the various distributional, syntactic and semantic changes the adverb underwent, from Old French until now. Regarding its evidential meaning, we show that visiblement, despite the presence of the perception element visible in its morphology, belongs to the category of evidential markers of inference (on the basis of perceivable or cognitively clear evidence) and not to that of evidential markers of direct perception. Finally, on a more theoretical level, we show in this study that in the case of visiblement semantic change precedes syntactic change, which seems to be rather uncommon.
À vue d’oeil est une locution adverbiale qui a échappé à l’attention des linguistes, malgré une polysémie riche et variée et des problèmes intéressants qu’elle pose. Si nous avons choisi de l’étudier ici, c’est en premier lieu parce qu’elle a des acceptions qui nous paraissent relever de l’évidentialité lexicale – dont l’étude est très populaire parmi les linguistes depuis une bonne décennie – plus précisément de l’évidentialité inférentielle. Nous présentons ici les deux grands types d’opérations inférentielles auxquelles la locution, selon le type de contenu propositionnel qu’elle qualifie, peut renvoyer comme marqueur évidentiel, et que nous appelons : l’« analyse » et l’« estimation », qui s’articulent elles-mêmes chacune en trois ou quatre opérations inférentielles plus spécifiques. Nous montrons comment ces opérations inférentielles se retrouvent, mutatis mutandis, dans l’une des trois acceptions de l’emploi « endophrastique » de la locution, où celle-ci est syntaxiquement incidente à des verbes qui décrivent explicitement ces opérations d’« acquisition d’information » (compter, mesurer, calculer ou identifier). Nous situons cette acception dans la polysémie de la locution. Dans la dernière partie, nous examinons et comparons la valeur et le statut évidentiel des deux acceptions exophrastiques de la locution.
Cet article a pour but d'analyser les différents emplois du pronom on dans le discours narratif de La Peste d'Albert Camus.En effet, l'utilisation récurrente et abondante (427 occurrences) que fait le narrateur de ce pronom a attiré notre attention et nous nous attelons ainsi tout le long de notre travail à analyser et décrypter les raisons et les conséquences d'un tel phénomène.Cet article comprend quatre grands axes : les questions de recherche, la problématique et les concepts opératoires, la prise en charge et le flou narratif, l'étude de on dans le jeu polyphonique des voix narratives, les effets pragmatiques de l'emploi de on.
Cet article porte sur une combinaison d'éléments, dont on pourrait supposer qu'elle serait exclue du point de vue théorique : le conditionnel épistémique + exactement + un numéral cardinal. En effet, on pourrait s'attendre à un conflit entre, d'une part, le sémantisme du marqueur exactement, dont la principale valeur est de signaler que le locuteur garantit que le chiffre donné est exact et/ou précis, et, d'autre part, le conditionnel épistémique (CE), qui signale le refus de prise en charge de ce même chiffre par le locuteur final. Or, la combinaison est bel et bien attestée dans certains corpus (autres que Frantext), toute rare qu'elle demeure. Ces exemples attestés mettent en doute le conflit théorique et invitent à s'interroger sur les conditions qui rendent la combinaison possible. Pour trouver une explication à ce phénomène, nous décrivons d'abord le sémantisme de l'adverbe (marqueur d'exactitude et de précision, selon les cas) et examinons l'effet, sur l'interprétation de l'adverbe et sur ses possibilités d'emploi, de la présence dans la phrase d'un conditionnel épistémique, marqueur de refus de prise en charge et de reprise d'information à autrui. La conclusion de l'étude est que l'adverbe exactement n'entre pas en conflit avec la valeur du CE lorsque : le locuteur « final » cite le locuteur source, lorsqu'il traduit la présomption d'exactitude du chiffre de l'énoncé source, ou lorsqu'il indique le caractère précis du chiffre provenant de l'énoncé source. La combinaison n'est donc pas une exclue de la langue, mais les situations où elle peut se rencontrer sont très contraintes, ce qui explique qu'on en trouve relativement peu d'exemples authentiques.