
Cet article s’intéresse à la question de l’autonomie dans le cadre des lycées expérimentaux créés en France sous le ministère Savary en 1982, en se concentrant plus particulièrement sur le cas du lycée autogéré de Paris (LAP). Pour saisir la spécificité de ce contexte éducatif apparu après une incertaine période de structuration des expérimentations pédagogiques, cette contribution revient sur la manière dont une demande pédagogique plurielle en faveur d’une plus grande autonomie dans le système éducatif a pu contribuer, après l’arrivée d’Alain Savary au ministère de l’Éducation nationale, à l’émergence d’une offre pédagogique spécifique, et sur la manière dont, après différents processus de négociations, de bricolages institutionnels et de compromis, ces expériences ont permis d’aborder l’autonomie d’une façon singulière.
En 2023, la revue britannique History of Education publie un numéro spécial à l’occasion de son cinquantième anniversaire. De nature historiographique, les dix-sept contributions qui y sont rassemblées font le point sur l’état des connaissances dans plusieurs pays et régions du monde. Elles identifient de nouveaux agendas de recherche et analysent les tensions institutionnelles et épistémologiques qui traversent la discipline. L’ambition est claire : montrer que la recherche historico-éducative constitue un prisme incontournable pour comprendre les transformations du monde contemporain.
Introduction au dossier, cet article rappelle que la question de l’autonomie des établissements secondaires, qui concerne à la fois l’autonomie administrative, l’autonomie pédagogique et l’autonomie financière, ne soulève pas seulement des problèmes techniques, mais fait l’objet de débats politiques. Il explique le choix du temps long et souligne que l’autonomie ne doit pas être envisagée seulement par rapport à l’État. Il insiste enfin sur l’ambiguïté de politiques éducatives valorisant officiellement l’autonomie des établissements, mais continuant à soumettre ceux-ci à de nombreuses injonctions.
L’objet de cet article est de présenter une première réflexion sur les enjeux épistémologiques et méthodologiques de l’utilisation en histoire de l’éducation des archives audiovisuelles de la télévision française. Il s’appuie sur les premiers travaux d’un séminaire de recherche, intitulé « École, télévision et société (1965-1985) », organisé en partenariat avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Celui-ci réunit depuis 2024 un groupe d’historiens et de sociologues de l’éducation, qui se confrontent aux discours télévisuels sur leur sujet de prédilection, sur le plan du script comme sur celui de l’image. En se focalisant sur une période décisive, tant pour l’histoire de l’éducation que pour l’histoire des médias, il s’agit de poser des jalons prospectifs sur l’utilisation de sources historiques originales peu exploitées en raison des problèmes spécifiques qu’elles posent. Une attention particulière est portée à la dimension politique du discours médiatique dans un contexte marqué par le contrôle gouvernemental de la télévision. Cependant, appréhender dans quelle mesure l’analyse historique de ces archives peut permettre d’accéder à une approche sensible des débats éducatifs et des transformations de la société française constitue un enjeu méthodologique majeur.
Pour les établissements classés en éducation prioritaire, les manifestations concrètes de l’autonomie accordée aux équipes de terrain sont observables notamment à deux périodes. Sous Alain Savary d’abord, dans une volonté de rénovation pédagogique et de lutte contre l’échec scolaire, le projet et le fonctionnement de la ZEP devaient être articulés avec ceux des écoles et collèges concernés, et adaptés au contexte local. Ils ont donné lieu à des expériences diverses. À partir de 1998 ensuite, alors que le projet d’établissement s’impose désormais à tous, la contractualisation via les contrats de réussite limite les initiatives en éducation prioritaire tandis que la création de pôles d’excellence est fortement encouragée. Le pilotage très encadré réduit de fait l’autonomie des acteurs de terrain qui devient toute relative.
À l’occasion de ce numéro consacré aux sources orales en histoire de l’éducation, Florence Descamps met en perspective la création du fonds d’archives orales du Service d’histoire de l’éducation (SHE) en 1991 en restituant les débats historiographiques et méthodologiques qui ont eu cours dans les années 1980 et 1990, tels que « histoire ou mémoire » ou encore « histoire orale ou archives orales ». Elle dégage un « moment » particulier, celui des comités d’histoire ministériels qui ont fortement contribué à la création de collections de témoignages oraux, espérant ainsi apporter de nouveaux matériaux à une histoire institutionnelle encore largement fondée sur les textes juridiques. Elle montre les interactions qui ont eu lieu avec l’établissement du programme du SHE et en interroge les spécificités. Elle propose en conclusion quelques pistes de recherche pour en relancer la production et en orienter les exploitations.
L’article a pour objet l’apport des archives orales dans l’analyse des mémoires collectives à partir d’une étude de cas sur le secrétaire général Pierre Laurent en poste au ministère de l’Éducation nationale de 1963 à 1968. Il poursuit deux objectifs. D’une part, il montre comment, au tournant des années 1990, la mémoire des acteurs influence la perception de l’histoire de l’administration et des politiques éducatives des années 1960 et l’écriture de cette histoire. Il pose ainsi la question de la place des témoins dans l’écriture de l’histoire du temps présent et interroge les effets de sédimentation, de circulation et parfois de circularités entre témoins et historiens à partir des archives orales collectées par le Service d’histoire de l’éducation. D’autre part, il rend compte de la manière dont les énarques ont construit, à travers la figure du secrétaire général Pierre Laurent, une mémoire de corps, constamment réactivée, permettant de légitimer leur place devenue prépondérante au sein du ministère.
Nous proposons dans cet article une analyse secondaire d’une recherche de thèse conduite entre 2004 et 2008 sur les professionnels de l’évaluation des politiques d’éducation en France. Menée dans une perspective de sociologie de l’action publique, cette recherche nous a amené à exploiter 12 entretiens effectués dans le cadre du programme d’histoire orale intitulé « Témoins et acteurs des politiques d’éducation depuis la Libération » du Service d’histoire de l’éducation de l’Institut national de la recherche pédagogique, et à lire les publications produites par ce service, ou en lien avec lui. L’analyse secondaire se focalise sur le cas des inspecteurs généraux et croise des données statistiques (sur les 949 inspecteurs généraux ayant exercé entre 1945 et 2007 recensés dans notre base) et des analyses plus qualitatives. Elle montre qu’un usage exclusif de ces archives orales peut conduire à deux biais d’analyse majeurs : la sur-attention accordée à un profil spécifique d’inspecteur général et un « effet perroquet » selon lequel le chercheur reproduit le discours de l’institution sur elle-même. Mais elle illustre aussi la richesse et la diversité des usages potentiels de ces archives, dès lors que trois conditions sont réunies pour leur exploitation (contextualisation, recoupement des données et imagination méthodologique).
L’étude de cas du jumelage entre l’Elliott Central School de Londres et l’école J.-B. Say à Paris de 1913 à 1930 permet de proposer une approche transnationale et comparée des expériences scolaires à l’épreuve de la guerre, croisant histoire de l’éducation et histoire de la Grande Guerre. Quels effets l’événement guerrier a-t-il produits sur les vies, interactions et pratiques scolaires des années 1920 ? L’expérience de guerre à l’arrière et, avec elle, le deuil à faire des professeurs et anciens élèves britanniques et français morts au champ d’honneur forgent une relation franco-britannique unique. En effet, nous observons la constitution d’une communauté scolaire transnationale qui s’actualise dans les voyages scolaires à Paris, les commémorations partagées ou encore les liens d’amitié. La relation ne se définit cependant pas uniquement par les larmes et l’affliction et témoigne également d’un renouvellement des pratiques scolaires à l’issue du conflit.