L’OCRS apparaît très rapidement comme une institution à caractère politique. L’évolution de la guerre d’Algérie devait finalement limiter son action aux deux seuls départements sahariens de la Saoura et des Oasis. Elle disparut en 1962, suite à la proclamation de l’indépendance algérienne après huit années de guerre. L’OCRS confirme que le général Bugeaud avait, en son temps, et du point de vue colonial, correctement envisagé le rôle stratégique du Sahara qu’il considérait comme « la sécurité de l’Algérie ». Il apparaît au fil de cette étude que si la géographie n’est pas en mesure de circonscrire précisément le Sahara, c’est le politique et les politiques nationale et internationale qui lui donneront des frontières, artificielles bien sûr. Le Sahara, comme tous les autres déserts, se définit par rapport à ses marges. Envisagée comme la plaque tournante de l’Afrique francophone, les exemples avancés et les événements historiques décrits dans cet article tendent à montrer que le Sahara est avant tout un espace géostratégique, lieu d’enjeux politiques et économiques (« plan de Foucauld », OCRS, constitution récente des États sahariens impulsée par le colonel Kadhafi). Le Sahara, centre périphérique des enjeux politiques ou périphérie du centre stratégique est ambivalent et complexe. Espace hors ou sans frontière, ce sont aussi de vastes étendues vides peuplées de génies (les djinns ) *** , de derricks, de dunes, de cailloux, de nomades et de sédentaires : le Sahara se franchit mais il ne se laisse pas domestiquer pour autant.
Le capitalisme en crise systémique tend à l’exporter. Sur la base de ce constat, l’article avance l’hypothèse de la mise en place d’un nouvel ordre mondial qu’il appréhende à travers une approche comparative. Elle met en perspective les situations politico-militaires qui prévalent dans l’espace saharo-sahélien avec celles du Moyen-Orient. C’est à travers ce canevas «transnational» qu’est analysée la situation du Sahel et son délitement. L’analyse s’inscrit dans la longue durée afin de montrer combien les pressions exogènes se sont exercées. Elles se cumulent aux turbulences armées endogènes, des cycles des rébellions touarègues aux groupes armés narcodjihadistes qui ont nécessité les interventions militaires (Serval et MINUSMA) dans la sous-région.
What did Sahara become since Roman limes, Arab travelers, conquering Almoravids and Almoradi dynasties, and through colonial era and its Independence key moment? This article puts Sahara into four thematic and contextualized perspectives. First, post September 11th militarization (Americanization?) that generated a worldwide war on terrorism is analyzed. In Sahara, it started as soon as September 2002. Secondly, illegal immigration is analyzed regarding its internal organization and the use of migrants as products to make a lot of intermediaries rich. Then, drawing the current state of Jihadists belonging to the organization of Al-Qaeda in the Islamic Maghreb allows to present sanctuarization and criminal activities of these armed groups in the north of Mali. Finally, special attention is given to the civil war in Libya along evolution hypotheses as well as its consequences on the entire region.
Qu’est devenu le Sahara depuis les limes romains, des voyageurs arabes aux dynasties almoravide et almorade conquérantes, en passant par la période coloniale, sans oublier le temps fort de l’indépendance avec l’OCRS (Organisation commune des régions sahariennes) ? Cette mise en perspective du Sahara s’attachera à appréhender quatre thèmes contextualisés. D’abord, la militarisation (américanisation ?) à l’issue des événements du 11 septembre 2001 qui généra la lutte mondiale contre le terrorisme. Elle s’exerça au Sahara dès le mois de septembre 2002. Puis, une analyse traitera de l’immigration clandestine, de son organisation et de l’utilisation des « migrants-marchandises » qui enrichissent bon nombre d’intermédiaires. Ensuite, un état des lieux relatif aux jihadistes d’AQMI permettra de présenter les processus de sanctuarisation dans le septentrion malien et les activités criminelles de ces groupes armés. Enfin, une attention particulière sera accordée à la guerre civile en Libye assortie d’hypothèses sur son évolution et ses conséquences dans l’ensemble de la sous-région.
A. Bourgeot—The Disjointed Tuareg Body, or Political Unimagination. This review of Les Touaregs: Portrait en fragments, a collection of articles by Helene Claudot-Hawad, formulates three major criticisms. It objects to the pos-tulate that a precolonial Tuareg nation existed—a postulate without any basis in a founding legend or myth, nor in any historical instance. Criticism is also directed at the methodology. The latter consists in making references to literary works, which are restricted to Hawad's poetry, and transposing the data extracted from them into politics. Odd oversights in the bibliography are also pointed out. These twelve articles present Tuareg societies as though they were an ossi-fied whole frozen in a place outside history, a presentation that flatters an imagi-nary past.
L'identité touarègue est appréhendée dans cet article à travers les transformations sociales et économiques qui apparaissent dans une séquence historique de quarante ans (1950-1991). Celle-ci se caractérise par une série de quatre crises cumulatives : crise du pastoralisme nomade, crise écologique (sécheresses de 1969-1973 et de 1984-1986), et crises liées aux indépendances et à l'action des États autoritaires et répressifs. A partir d'une analyse de l'efficience des traits et symboles identitaires (langue, voile de tête, glaive, dromadaire et pastoralisme), l'auteur dégage trois types d'identité. Le premier reprend les normes sécrétées par l'aristocratie guerrière, qui occupe une place prépondérante dans cette société fortement hiérarchisée. Le deuxième est caractérisé par le développement de revendications identitaires révélatrices de nouvelles références. Le troisième concerne un cas particulier, celui des ishumar (les chômeurs), dont certains, se réclamant de la révolution, ont engagé une lutte armée, notamment au Mali septentrional. L'identité touarègue relève de la phraséologie politique et détient un caractère fétiche qui mystifie et exacerbe les rapports politiques et inter-ethniques.
THIS PAPER has two aims: It seeks, first, to discover what economic and political factors are favourable to the penetration of commercial trade relations among the nomadic inhabitants of the Sahel. Secondly, it attempts to analyse the effects of the introduction of a new economic rationality based on the logic of free trade. In the course of this study I shall deal with the issue of integrated development in the nomadic regions and will offer a critique of the project of transnational vertical stratification of pastoral production.
A. Bourgeot. Transsaharan Trade, the Sanusiya, and the Twareg Revolts of 1916-17. The Sanusi influence has been a contributive factor of the Twareg revolts rather than their primary cause, which is to be sought in the traditional rivalries between Twareg groups for the control of the transsaharan trade and for political supremacy on the desert and its fringes. Since the inception of French colonial domination an opposition obtained between those leaders (Musa Ag Amastan, Lowai) who co-operated with the colonizers and those (Attisi Ag Amellal, Firhun. . .) who opposed them. The latter allied themselves with the Sanusiya against French imperialism in the wider context of the contemporary competition between imperialist strategies. Thus the Twareg rebellions cannot be considered as merely Sanusi-inspired or Sanusi-manipulated.
Ces trois articles consacr?s ? l'?tude partielle des migrations de certaines populations d'Afrique de l'Ouest (notamment les Lobi de Haute-Volta et les Peul de Guin?e) ne correspondent certes pas ? la notion de ? dossiers ?, lesquels, sans ?tre n?cessairement exhaustifs, devraient faire le point, ? un moment donn?, sur l'ensemble des probl?mes soulev?s par les processus migratoires. Par contre, et ceci est ? mettre ? l'actif des auteurs, ce volume porte ? la connaissance du grand public, voire des anthropologues eux-m?mes, les ph?nom?nes migratoires ? l'int?rieur des nations africaines et entre elles (interet intra-africains), moins bien et surtout moins souvent analys?s que ceux qui se d?veloppent depuis plusieurs d?cennies en France. A des niveaux d'analyse diff?rents, chacun de ces articles se r?clame d'une d?marche commune qui exige le recours ? l'explication historique. A cette fin, l'ensemble se pr?sente en deux volets. L'avant-propos de Jean-Loup Amselle, de caract?re th?orique, proc?de ? une remise en cause des typologies issues d'une conception nominaliste, celle des g?ographes, ?conomistes et d?mographes selon lesquels les mouvements de populations sont contingents. L'anthropologie culturelle et une certaine ethnologie ? base psychologisante n'?chappent pas non plus ? la critique. Prenant le contre-pied de cette conception, l'auteur consid?re les ph?nom?nes migratoires comme ? l'expression des sympt?mes caract?risant l'ensemble des soci?t?s domin?es ?, formulation un peu floue par sa g?n?ralit?. En effet, deux interpr?tations sont envisageables. L'une concerne les rapports de domination qui se tissent ? l'int?rieur d'une nation entre ethnies diff?rentes, l'autre renvoie ? la domination qui s'exerce entre diff?rentes nations par le biais des rapports coloniaux et/ou n?o-coloniaux, autrement dit de l'imp?rialisme. Dans les deux cas, la d?finition ne correspond pas ? la r?alit? car elle tend ? masquer les rapports d'exploitation ? des moments historiques donn?s, rapports qui s'inscrivent fondamentalement dans le proc?s migratoire. Par ailleurs, les
II s'agit de définir la structure de parenté et de caractériser la "linéarité" des Imuhag, Touareg de FAhaggar (Algérie). Nomenclature, type et système de parenté sont identiques dans les deux classes de la société (ihaggarjn : dominante et imgad : tributaires). La terminologie de parenté met à jour quinze termes classifïcatoires, soit cinq classes de parents socialement pertinents, élaborés sur des critères de génération et de sexe. Cette terminologie présente certains caractères d'un "système" iroquois sans pour cela correspondre aux traits minimaux qui définissent un tel système. S'agit-il d'un système en transformation qui conserverait des traits matrilinéaires tout en acquérant des traits patrilinéaires qui se ramifient de plus en plus dans le champ des relations sociales ? Peut-on parler de bilinéarité ? Des éléments de réponse et des hypothèses sont avancés à propos de l'organisation du pouvoir politique mis en place à travers l'institution (le kaskab ou jddubet), ordonnant la succession à la chefferie. Celle-ci, autrefois patrilinéaire, se transforme en succession matrilinéaire vers 1750, sous l'effet de conflits aigus entre deux "drum-groups" dominants, renforçant ainsi l'endogamie. Cette transformation dans la succession politique souligne le passage d'une certaine organisation politique dont nous ignorons, tout, à une autre dont les fondements reposent sur l'élargissement des rapports tributaires et sur l'amenuisement des groupes dominants. Honnis la matrilinéarité légiférant les règles successorales à la chefferie, huit facteurs pertinents pour la société touarègue dans sa totalité (reproduction du rapport de domination, mode de reproduction du groupe de descendance, droits sexuels, droits sur la femme, règles de dévolution des biens, etc.) laissent apparaître la dominance patrilinéaire qui se consolide par l'intervention de l'Islam. La terminologie de l'alliance, classificatoire et réciproque, se réduit à deux couples de termes fondés sur l'opposition masculin/féminin.