
L’autorité, concept central dans les dynamiques interpersonnelles et sociales, occupe une place singulière au sein de la pratique clinique auprès des adolescents dont l’expression de la souffrance se manifeste par le conflit avec la loi. Ceux dont il s’agit ici ont agi une destruction en portant physiquement atteinte à un parent, lorsque ce dernier tentait de poser son autorité. Ce refus d’une autorité vécue comme illégitime semble trouver ses racines dans des liens interpersonnels précoces « insuffisamment bons », en termes de disponibilité de l’objet à l’égard de l’enfant et de capacité de survivance face à la destructivité de ce dernier. Il en découle que l’autorité est vécue comme une injonction à une soumission passive, d’autant plus insupportable qu’elle vient réactiver des vécus agonistiques précoces, lors desquels la passivité a été traumatique. Mais plus encore, ce refus d’autorité pourrait correspondre à une tentative de redémarrer un processus de subjectivation en panne. La rencontre avec Yohan, au travers de ce qu’elle nous a fait vivre, nous permet de penser la dynamique interne de ces adolescents.
Nous examinerons en quoi l’autorité aujourd’hui est attaquée par les manipulations de la langue, ce qui entrave toute forme d’enracinement des interdits garants de la civilisation. La faillite de la langue et les nouvelles idéologies, toutes illustrées par leurs sophismes et leurs novlangues, font le lit non seulement de pouvoirs autoritaires et tyranniques mais aussi des systèmes totalitaires qui s’appuient sur les masses et s’illustrent par leurs propagandes mensongères, surtout lorsque ces dernières se maquillent sous une apparente bienveillance – comme celle de l’injonction bien entendu obligatoire, du supposé « bien commun ». Nous analyserons les intrications de l’autorité avec la langue, la construction des remparts psychiques à l’orée du développement logique chez l’enfant, puis proposerons une analyse des rapports étroits qui existent entre la chute des civilisations et la novlangue , avant de proposer quelques pistes d’antidotes encore possibles dans le monde contemporain.
À partir d’une expérience clinique d’une quinzaine d’années auprès d’adolescents et adolescentes en pédopsychiatrie, nous dressons le constat de la présence de plus en plus nette, dans l’accompagnement psychothérapeutique, de moments, souvent transitoires, de questionnements qualifiés de « trans genres », prenant parfois la forme même d’une affirmation trans identitaire. Prenant ce préfixe comme une invitation au voyage, nous proposons dans cet article, à partir de l’histoire d’une jeune personne, d’envisager ces allées et venues « trans » sous l’angle du passage, de l’expérimentation d’une fluidité qui, si elle peut être suggérée par le discours social, sert, c’est en tout cas notre hypothèse, le travail de subjectivation propre au processus adolescent. Dans cette perspective, un détour par la proposition laplanchienne d’assignation du genre permet d’explorer notre proposition à nouveaux frais et d’examiner la façon dont les éléments culturels à disposition des adolescents participent, ou leurrent, le cheminement d’une identité subjectivée avec la traversée d’une série d’identifications et de signifiants énigmatiques à réinterpréter.
Dans un premier temps, cet article s’attache à clarifier la distinction fondamentale entre trois notions trop souvent confondues : autorité, pouvoir et domination. Après quoi il examine les composantes fondamentales de l’autorité : légitimité, position, rôle, pouvoir normatif, responsabilité sociale, institution. Dans un troisième temps, l’article revient sur les résultats d’un exercice de clarification des indignations au travail maintes fois répété dans les institutions les plus diverses afin de circonscrire le champ d’une éthique de l’autorité qui reste largement à construire.
Dans un groupe de parole lgbtqia +, cet article montre comment le Trigger Warning , pensé comme protection, peut glisser vers un interdit privé au service des défenses traumatophobiques de l’animatrice. L’autorité symbolique se trouve alors capturée par un autoritarisme subjectif qui privatise la loi commune et entrave la conflictualité.
L’autorité est aujourd’hui mise à mal et ceci a d’importantes conséquences sur notre vie collective : effacement de tout vrai programme politique, montée de la violence, marasme dans le lien social… Pourtant, cette autorité est et reste irréductiblement liée au fait de pouvoir vivre ensemble. À nous de travailler pour reconsolider une autorité en faillite qui nous est plus que jamais nécessaire pour transmettre ce qu’exige la démocratie.
Dans cet article, il s’est agi de montrer comment nous sommes passés de l’idée de besoin de chef , conception naturalisée d’une société hiérarchisée (comme pouvaient, dans le monde du travail, la penser Henri Fayol ou Frederick Taylor) à une autre qui est celle, tout aussi naturalisée et hiérarchique, de « l’auto-autorité à distance », traduisant un monde du travail en particulier (celui du « taylorisme augmenté ») composé d’une masse d’individus obéissants à des injonctions de plus en plus impersonnelles, invisibles et anonymes ( via des procédures et des algorithmes) et s’imaginant parfois les approuver, ou mieux encore en être les auteurs. L’autorité n’en reste pas moins incarnée (y compris par des bouffons) et, d’un point de vue idéologique, plutôt bien partagée.
L’article, réalisé sous forme d’entretien avec Emmanuel Diet, conduit par Abdelaâli Laoukili, explore les incidences des changements économiques, politiques, techniques en cours sur l’exercice de l’autorité et sa crise actuelle. Il examine l’hypothèse d’un changement anthropologique qui affecterait de manière structurelle et durable le lien social. Individualisation, désubjectivation, désymbolisation, déni de l’angoisse de castration, prégnance des logiques binaires et refus de la complexité, absence de tiercéité, affaiblissement et/ou attaque des régulateurs institutionnels, sont parmi les causes et symptômes de ces changements anthropologiques et de la crise actuelle de l’exercice de l’autorité.
Comment installer un espace de soins, à partir de la parole, pour des sujets victimes de tortures et qui s’adressent à moi dans le cours de leurs procédures de demande d’asile ? Quelque chose m’est dit et semble vouloir demeurer en reste. Que faire de ce dépôt dont les effets m’amènent à me ressentir en difficulté vis-à-vis d’une écoute active ? Ce ressenti est questionné à partir d’une étude de cas. J’en propose une analyse centrée sur les effets de la honte dans le contre-transfert.
Le terme « autorité » présente une forte bivalence entre l’autorité entendue comme ce qui nous aide à devenir Sujet parce que nul ne se construit tout seul (on parlera ici d’autorité-subjectivante), et l’autorité entendue comme ce qui réduit la liberté d’un Sujet de se construire, ou de chercher à le faire, à sa manière (autorité-limitante). Avec ce point de départ, notre contribution met en rapport la question de l’autorité et la question du langage, à travers un aspect trop négligé : l’écoute. Anthropologiquement, on ne peut échapper au temps de l’écoute et c’est pourtant ce que l’autorité-limitante nous enjoint de faire, nous embarquant dans une spirale vertigineuse de fermeture à autrui. Pour contrer ce mouvement, notre proposition est la suivante : d’abord rendre compte de la complexité des opérations que suppose l’écoute, et interroger pour cela la connaissance que nous croyons en avoir, ensuite rapporter les deux valences de l’autorité au rôle qu’elles attribuent respectivement à l’écoute redéfinie comme « écoute de l’écoute », pour enfin défaire la trop forte polarisation de ces deux types d’autorité qui pourrait paradoxalement nous pousser dans le piège de l’autorité-limitante. En développant « l’écoute de l’écoute » nous (re)trouvons des raisons d’espérer la sortie du piège, et surtout des façons d’y travailler.
Cet article interroge la crise contemporaine de l’autorité, marquée par sa disqualification sociale, sa confusion avec le pouvoir ou la domination et son affaiblissement dans les institutions médico-sociales. S’appuyant sur la psychanalyse des liens, il montre que l’autorité ne peut se réduire à une position hiérarchique. Elle est un processus psychique et relationnel, la reconnaissance mutuelle et l’incarnation d’un tiers symbolique. L’étude clinique d’une intervention dans un ime met en lumière la notion d’« autorité empêchée ». Une autorité structurellement entravée par la confusion des places, l’effondrement du tiers et la désorganisation institutionnelle. Face aux formes paradoxales d’autorité (tyrannique, séductrice, absente), l’enjeu est de recréer les conditions symboliques et collectives qui rendent possible un exercice légitime et structurant de l’autorité.