Introduction En réponse aux importants dommages structurels et sanitaires causés par le cyclone Chido, Santé publique France (SpF) a immédiatement (i) développé des systèmes de surveillance ad hoc, pour pallier la mise hors service de la plupart des dispositifs en place avant le cyclone, et (ii) produit des analyses de risques sanitaires visant à orienter la surveillance, la prise de décision et les premières mesures de santé publique envers la population. Méthodologie La méthodologie utilisée a été adaptée du Rapid risk assesment of acute public health events de l’OMS. Elle s’est appuyée sur l’expertise multidisciplinaire interne à SpF, sur l’expérience de situations sanitaires exceptionnelles similaires, et sur la littérature scientifique. Les risques sanitaires ont été priorisés selon le score attribué par les experts à différentes pathologies transmissibles et non-transmissibles considérées « à risque » suite au cyclone. Ce score représentait, pour chacune des pathologies, le produit de la probabilité de survenue (1 à 5) et de l’impact sur la population et/ou sur le système de soins (1 à 5). Résultats L’analyse des risques de maladies transmissibles a été transmise aux autorités sanitaires 24 h après l’impact de Chido, le 15 décembre 2024. Les plus grands risques étaient les maladies oro-fécales (bactériennes, parasitaires, dues aux rotavirus), la surinfection des blessures, et les infections respiratoires aigües (IRA : grippe et bronchiolites saisonnières). D’autres pathologies étaient aussi pointées : endémiques (typhoïde et leptospirose), vectorielle (chikungunya), tellurique (mélioïdose) cutanées et ORL, ou encore à prévention vaccinale (rougeole, tétanos, diphtérie). L’analyse des risques liés aux maladies non-transmissibles a été transmise le 24 décembre. Les principaux risques concernaient : l’aggravation de la malnutrition et de la déshydratation préexistantes, les plaies et traumatismes, la rupture de soins essentiels aux pathologies chroniques (insuffisance rénale, diabète, hypertension), à la grossesse et aux nouveau-nés, et la santé mentale. Dans les semaines suivantes, les données de surveillance ont accrédité les résultats des analyses de risques. Les blessures, les maladies oro-fécales et cutanées, les décompensations de maladies chroniques et les IRA, étaient les motifs de consultation les plus fréquents aux urgences. Conclusion Déjà difficiles avant, les conditions de vie des plus précaires ont empiré un mois après Chido : l’accès à l’eau, à la nourriture, aux soins, à l’hygiène et à l’assainissement a été dégradé, comme la santé mentale des adultes et des enfants. La surveillance sanitaire doit être renforcée pour une meilleure évaluation de l’impact du cyclone sur les court, moyen et long termes.
Introduction À Mayotte, les populations aux conditions de vie les plus défavorables ont un accès limité au système de soins. Elles sont aussi peu captées par les systèmes de surveillance conventionnels, limitant les actions de prévention et gestion sanitaire. Lors de la pénurie d’eau en 2023, une surveillance à base communautaire (SBC) a été mise en place dans les quartiers informels pour alerter et agir rapidement, contribuant ainsi à la politique sanitaire de protection de l’ensemble de la population. Méthode Depuis novembre 2023, la SBC opère par modules adaptés aux alertes sanitaires (pénurie d’eau, choléra, cyclone Chido, chikungunya). Elle cible les quartiers informels où les conditions sanitaires sont les plus difficiles (source Insee). La population-source varie selon l’enjeu sanitaire : les moins de 15 ans lors de la pénurie d’eau, et l’ensemble de la population lors des alertes suivantes. Le recueil des données (notamment GEA, eau consommée) s’effectue en face à face par les médiateurs en santé des associations lors de maraudes. Face aux cas rencontrés, des actions sont mises en œuvre sur le terrain (ex. : prévention, appel au centre 15 pour les personnes en situation d’urgence, premiers soins post-Chido). Résultats Au 31 août 2025, 917 maraudes ont été effectués dans 53 villages, majoritairement par 4 associations (Croix rouge, Horizon, Mlezi Maoré, Santé sud). Au total, 11 397 foyers ont été enquêtés et 73 appels déclarés au centre 15. Deux indicateurs ont pu être suivis depuis novembre 2023. La prévalence des GEA était élevée pendant la pénurie d’eau (jusqu’à 50 % des foyers), tout comme après Chido, et est restée importante malgré une baisse en 2025. La proportion de consommation d’eau brute a augmenté lors de la pénurie d’eau, ainsi que celle d’eau en bouteille suite à la mesure d’accès à tous. Après Chido, une hausse de la proportion de consommation d’eau brute a été notée (jusqu’à 64 % des foyers) et une baisse d’accès à l’eau du réseau. Conclusion Malgré des limites, la SBC est un dispositif innovant à Mayotte qui permet d’avoir une visibilité de la situation sanitaire dans les quartiers informels. Les associations sont incontournables pour faire vivre le dispositif. La rétro-information vers les décideurs en particulier est indispensable pour la prise de décision. L’expérience confirme la priorisation d’une SBC à visée interventionnelle avec des actions à la clé, et la nécessité de disposer de moyens pour les acteurs.
On 14 December 2024, Cyclone Chido caused extensive damage to infrastructures in Mayotte, including water, electricity and communication networks. Health surveillance systems were no longer functional. Santé publique France provided health risk analyses to support local control measures. Malnutrition and dehydration, follow-up care, pregnancy and post-partum complications, mental health, gastrointestinal diseases, bacterial wound superinfections and bronchiolitis were the main risk identified. The preliminary ad hoc surveillance systems confirmed our analyses. We also present lessons learnt 1 month after the event.
Santé publique France a mis en place un suivi des clusters à visée d’alerte en lien avec l’épidémie de COVID-19 grâce la constitution d’un système d’information nommé MONIC (MONItorage des Clusters). Ces clusters étaient consignés selon 16 collectivités dont une spécifiquement dédiée aux milieux professionnels. Les clusters des autres collectivités pouvaient également comptabiliser des cas parmi des personnes en situation de travail. L’objectif du travail est de décrire les clusters COVID-19 survenus en France en lien avec une activité professionnelle. Les collectivités des clusters saisis entre mai 2020 et fin mars 2021 ont été codées selon la nomenclature des activités française (NAF2008). Les clusters en lien avec une activité professionnelle ont été sélectionnés d’une part dans la collectivité « milieux professionnels » et d’autre part par recherche textuelle de termes spécifiques du travail définis a priori selon 3 scénarios. Les clusters ainsi identifiés ont été décrits selon la collectivité, la période, la NAF2008 et le niveau de criticité en termes de risque de diffusion et de décès. La répartition des catégories socioprofessionnelles a été analysée par NAF dans les données du recensement de la population de 2017. La base de données comptait 17 711 clusters dont 4057 identifiés en milieu professionnel (23 %). La recherche de clusters dans les autres collectivités a abouti à 3 791 clusters supplémentaires [2508–4877], soit un total de 7848 clusters [6565–8934] représentant 44 % de la base. Ces clusters ont été retrouvés dans les activités de soins (46 %), l’administration publique (15 %), les industries manufacturières (7 %) et le commerce (6 %). Les activités hospitalières, d’hébergement de personnes âgées ou handicapées et les activités de transformation de la viande (abattoirs) sont les activités présentant une criticité élevée pour plus de la moitié des clusters. Les autres activités présentant une majorité de clusters avec une criticité moyenne ou élevée sont les activités d’ordre public, les activités du feu et de secours, les activités d’hébergements sociaux pour familles et les activités des clubs sportifs. L’exploitation de cette base à visée d’alerte, avec les limites liées au signalement des clusters et à l’information rapportée, a permis d’identifier la criticité des clusters en fonction des secteurs d’activité. Les activités professionnelles les plus impactées par la COVID-19 sont d’une part les activités en contact avec le public ou en charge de personnes vulnérables, et d’autre part des activités réalisées en grande majorité par des travailleurs appartenant aux catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées.
Objectives. - We aimed to investigate the first Omicron cases detected in France in order to assess case characteristics and provide supporting information on the possible impact of this variant on the healthcare system. Methods. - A standardized questionnaire was used to collect information from confirmed and probable Omicron cases. Results. - Median age of 468 investigated cases was 35 years, 376 were symptomatic (89%); 64% were vaccinated with two doses and 7% had received three doses. Loss of smell and taste were reported by 8.3% and 9% of cases, respectively. Seven cases were hospitalized, three of those were unvaccinated (including two with reported precondition). No admissions to intensive care and no deaths were reported. Conclusions. - Our results confirm a mild clinical presentation among the first Omicron cases detected in France and highlight the importance for the national COVID-19 surveillance system to quickly detect and adapt to the emergence of a new variant. (C) 2022 Les Auteurs. Publie par Elsevier Masson SAS.
Background In France, the lifting of the lockdown implemented to control the COVID-19 first wave in 2020 was followed by a reinforced contact-tracing (CT) strategy for the early detection of cases and transmission chains. We developed a reporting system of clusters defined as at least three COVID-19 cases, within seven days and belonging to the same community or having participated in the same gathering, whether they know each other or not. The aim of this study was to describe the typology and criticality of clusters reported between the two lockdowns in France to guide future action prioritisation. Methods In this study we describe the typology and criticality of COVID-19 clusters between the two lockdowns implemented in France (between May and end of October 2020). Clusters were registered in a national database named “MONIC” (MONItoring des Clusters), established in May 2020. This surveillance system identified the most affected communities in a timely manner. A level of criticality was defined for each cluster to take into consideration the risk of spreading within and outside the community of occurrence, and the health impact within the community. We compared the level of criticality according to the type of community in which the cluster occurred using Pearson’s chi-square tests. Results A total of 7236 clusters were reported over the study period, particularly in occupational environment (25.1%, n = 1813), elderly care structures (21.9%, n = 1586), and educational establishments (15.9%, n = 1154). We show a shift over time of the most affected communities in terms of number of clusters. Clusters reported in occupational environment and the personal sphere had increased during summer while clusters reported in educational environment increased after the start of the school year. This trend mirrors change of transmission pattern overtime according to social contacts. Among all reported clusters, 43.1% had a high level of criticality with significant differences between communities ( p < 0.0001). A majority of clusters had a high level of criticality in elderly care structures (82.2%), in disability care centres (56.6%), and health care facilities (51.7%). Conclusion These results highlight the importance of targeting public health action based on timely sustained investigations, testing capacity and targeted awareness campaigns. The emergence of new SARS-CoV-2 variants strengthen these public health recommendations and the need for rapid and prioritise vaccination campaigns.
Lockdowns have been used by most European countries in response to the COVID-19 pandemic. In France, a national lockdown was implemented on March 17, 2020. Some have questioned the need for a nationwide implementation given that most hospital admissions were concentrated in two of 13 regions; others have even questioned the impact of the lockdown on severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 (SARS-CoV-2) spread, arguing that the natural epidemic peak was about to be reached. Here we discuss the impact of lockdown on COVID-19 epidemics in regions across metropolitan France. On March 17, 2020, daily hospital admissions were indeed highest in Grand-Est (5·3 per 100 000 inhabitants) and Île-de-France (3·6 per 100 000 inhabitants) regions. Yet a surge in COVID-19 hospital admissions was occurring at that time across all regions of metropolitan France, as depicted in the appendix. The COVID-19 epidemic spread from the eastern to the western parts of France, crossing the daily hospitalisation threshold of 1 per 100 000 inhabitants between March 10 (Grand-Est) and March 23, 2020 (Bretagne and Nouvelle-Aquitaine). Île-de-France (Paris region) experienced the highest rate of hospital admissions per day (10·0 per 100 000 inhabitants), and Bretagne the lowest (1·3 per 100 000 inhabitants). Regardless of the time the epidemic started in the region, and its scale, 12 of 13 regions experienced a peak in daily hospital admissions on average 11 days (range 8–14 days) after the lockdown was implemented. This figure corresponds to the mean duration between infection and hospital admission for the patients experiencing severe forms of disease.1Bi Q Wu Y Mei S et al.Epidemiology and transmission of COVID-19 in 391 cases and 1286 of their close contacts in Shenzhen, China: a retrospective cohort study.Lancet Infect Dis. 2020; 8: 911-919Summary Full Text Full Text PDF Scopus (1082) Google Scholar Since the different regions were at different stages of the pandemic at the time the lockdown was implemented, the synchrony in regional peaks strongly suggests that the lockdown, rather than the natural course of the epidemic, explains the peak in hospital admissions. Moreover, most regions were experiencing exponential growth in hospital admissions (appendix), such that saturation of local intensive care units might have occurred in those regions in the absence of any lockdown. Lockdown therefore appears to have been successful not only in alleviating the burden on the intensive care units of the two most severely affected regions of France, but also in preventing uncontrolled epidemics in other regions. These simple observations support results from other studies which have estimated the impact of lockdown on SARS-CoV-2 spread to be strong.2Flaxman S Mishra S Gandy A et al.Estimating the effects of non-pharmaceutical interventions on COVID-19 in Europe.Nature. 2020; 584: 257-261Crossref PubMed Scopus (1944) Google Scholar, 3Salje H Tran Kiem C Lefrancq N et al.Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France.Science. 2020; 369: 208-211Crossref PubMed Scopus (636) Google Scholar, 4Dehning J Zierenberg J Spitzner FP et al.Inferring change points in the spread of COVID-19 reveals the effectiveness of interventions.Science. 2020; 369eabb9789Crossref PubMed Scopus (479) Google Scholar, 5Okell LC Verity R Watson OJ et al.Have deaths from COVID-19 in Europe plateaued due to herd immunity?.Lancet. 2020; 395: e110-e111Summary Full Text Full Text PDF PubMed Scopus (48) Google Scholar Enforcement of public health and social measures in combination with important testing, tracing, and isolating capacities will be critical in case of an epidemic rebound to avoid re-introducing a lockdown—a situation for which the economic cost and broader impact on society are considerable. We acknowledge financial support from the Investissement d'Avenir programme, the Laboratoire d'Excellence Integrative Biology of Emerging Infectious Diseases programme (grant ANR-10-LABX-62-IBEID), the INCEPTION project (PIA/ANR-16-CONV-0005), and the European Union's Horizon 2020 research and innovation programme under grant 101003589 (RECOVER). The funders had no role in the writing of this Correspondence. SC and AF are members of the French COVID19 Scientific Council of the French Ministry of Health. All other authors declare no competing interests. Download .pdf (.12 MB) Help with pdf files Supplementary appendix Epidemiology and transmission of COVID-19 in 391 cases and 1286 of their close contacts in Shenzhen, China: a retrospective cohort studyOur data on cases as well as their infected and uninfected close contacts provide key insights into the epidemiology of SARS-CoV-2. This analysis shows that isolation and contact tracing reduce the time during which cases are infectious in the community, thereby reducing the R. The overall impact of isolation and contact tracing, however, is uncertain and highly dependent on the number of asymptomatic cases. Moreover, children are at a similar risk of infection to the general population, although less likely to have severe symptoms; hence they should be considered in analyses of transmission and control. Full-Text PDF
In France, measures including curfew and lockdown were implemented to control the COVID-19 pandemic second wave in 2020. This study descriptively assesses their possible effects, also relative to their timing. A considerable decrease in incidence of COVID-19 cases and hospital admissions was observed 7 to 10 days after mitigation measures were put in place, occurring earlier in metropolitan areas which had implemented these first. This temporal coincidence suggests the measures' positive impact, consistent with international experiences.
A novel coronavirus (severe acute respiratory syndrome coronavirus 2, SARS-CoV-2) causing a cluster of respiratory infections (coronavirus disease 2019, COVID-19) in Wuhan, China, was identified on 7 January 2020. The epidemic quickly disseminated from Wuhan and as at 12 February 2020, 45,179 cases have been confirmed in 25 countries, including 1,116 deaths. Strengthened surveillance was implemented in France on 10 January 2020 in order to identify imported cases early and prevent secondary transmission. Three categories of risk exposure and follow-up procedure were defined for contacts. Three cases of COVID-19 were confirmed on 24 January, the first cases in Europe. Contact tracing was immediately initiated. Five contacts were evaluated as at low risk of exposure and 18 at moderate/high risk. As at 12 February 2020, two cases have been discharged and the third one remains symptomatic with a persistent cough, and no secondary transmission has been identified. Effective collaboration between all parties involved in the surveillance and response to emerging threats is required to detect imported cases early and to implement adequate control measures.
In 2013, 15 clusters of mumps were notified in France; 72% (82/114) of the cases had been vaccinated twice with measles-mumps-rubella vaccine. To determine whether the risk of mumps increased with time since the last vaccination, we conducted a case-control study among clusters in universities and military barracks. A confirmed case had an inflammation of a salivary gland plus laboratory confirmation in 2013. A probable case presented with inflammation of a salivary gland in 2013 either lasting for > 2 days or with epidemiological link to a confirmed case. Controls had no mumps symptoms and attended the same university course, student party or military barracks. We collected clinical and vaccination data via web questionnaire and medical records. We calculated adjusted odds ratios (aOR) using logistic regression. 59% (50/85) of cases and 62% (199/321) of controls had been vaccinated twice. The odds of mumps increased for twice-vaccinated individuals by 10% for every year that had passed since the second dose (aOR 1.10; 95% confidence interval (CI): 1.02-1.19; p = 0.02). Mumps immunity waned with increasing time since vaccination. Our findings contributed to the French High Council of Public Health's decision to recommend a third MMR dose during outbreaks for individuals whose second dose dates > 10 years.
La prévention de l’acquisition d’une infection par un soignant constitue le cœur de métier des professionnels de la lutte contre les infections associées aux soins et des professionnels de la santé au travail car : – une infection acquise par un soignant au cours de son activité dans un établissement de santé (ES) est une infection nosocomiale ; – un soignant atteint d’une maladie contagieuse peut participer à la diffusion épidémique de celle-ci dans l’ES ; – une infection chez un soignant peut conduire, lorsqu’elle est grave et/ou contagieuse à un arrêt de travail de ce soignant, arrêt de nature à déstabiliser le fonctionnement du service. La vaccination du personnel de santé (PS) est une des missions importantes des services de santé au travail. La vaccination est un moyen de prévention primaire efficace ayant permis de diminuer, de contrôler, voire d’éradiquer de nombreuses maladies infectieuses à prévention vaccinale assurant la protection des populations. Ainsi, la promotion de la vaccination par une politique vaccinale volontariste représente un enjeu majeur de santé publique. Pour guider les pratiques, des recommandations vaccinales existent dont certaines concernent spécifiquement les PS et autres personnels en contact avec des sujets à risque dans les domaines de la santé et du médico-social. Malgré ces recommandations, hormis quelques travaux ayant montré que si les PS étaient globalement bien couverts par les vaccinations obligatoires, ils étaient en revanche très insuffisamment couverts par les vaccinations recommandées, les données de couverture vaccinale (CV) chez le PS ne sont pas nombreuses en France. En 2013, une action nationale prioritaire d’évaluation et de suivi de la CV dans les ES a été suggérée, proposition reprise dans les orientations du Propias 2015. Pour cette raison, le choix a été fait de déployer le carnet de vaccination électronique (CVE) de MesVaccins.net (association loi 1901 à but non lucratif). Celui-ci est doté d’un système expert qui : – assure un diagnostic personnalisé, précis et immédiat de l’état vaccinal de chaque personnel, et fournit une aide à la décision ; – permet d’être alerté des vaccinations à programmer, avec intégration en temps réel de l’évolution des recommandations vaccinales ; – informe des éventuelles données de pharmacovigilance à prendre en compte. Le réseau national coordonné par le Raisin se donne pour objectif de déployer cette méthode standardisée de recueil et de suivi des vaccinations et des conditions d’immunisation du personnel des ES à partir du CVE de MesVaccins.net. La phase pilote débute en 2016. Dans un deuxième temps, le dispositif explorera la capacité de générer chez les soignants des données de CV à différents échelons géographiques.
La bronchiolite est une infection virale respiratoire épidémique saisonnière majoritairement due au virus respiratoire syncytial et touchant principalement les moins de 2 ans. L'Institut de veille sanitaire (InVS) assure une surveillance épidémiologique au niveau national et régional via les cellules de l'InVS en région. L'objectif est de décrire les caractéristiques des épidémies de bronchiolite en Aquitaine au cours des cinq dernières saisons de 2011 à 2016, en termes de dynamique, d'intensité et de gravité. Pour suivre la dynamique de l'épidémie en Aquitaine, un indicateur hebdomadaire a été défini pour chaque source de données disponible (SOS médecins, réseau des urgences Oscour®, réseau respiratoire d'Aquitaine, virologie du CHU de Bordeaux). Des indicateurs ont également été définis pour caractériser l'intensité et la gravité des épidémies. En Aquitaine, la dynamique et l'intensité des épidémies de bronchiolite a varié au cours des cinq dernières saisons avec notamment des épidémies de très forte ampleur en 2011/2012 et 2015/2016. En moyenne, la durée des épidémies était d'environ 9 semaines, exceptée en 2014/2015 où l'épidémie a été plus courte. Le début d'intensification de l'activité épidémique était généralement observé en fin d'année, excepté en 2012/2013 et lors de la dernière saison où les seuils d'alerte ont été dépassés précocement dès la mi-novembre. En termes de gravité, environ 50 % des enfants pris en charge aux urgences étaient hospitalisés, dont près de la moitié étaient âgés de moins de 3 mois. Les variations en termes de dynamique et d'intensité soulignent l'intérêt de suivre chaque année les caractéristiques des épidémies de bronchiolite à l'échelle de la région afin d'alerter précocement les partenaires et acteurs de terrain, et les tenir informer de l'évolution de l'épidémie afin de contribuer à l'organisation des soins et au rappel des mesures de prévention.
L’institut de veille sanitaire (InVS) est régulièrement destinataire, au niveau national comme au niveau régional, de signalements d’événements de santé inhabituels survenus en milieu professionnel et transmis par les acteurs de terrain. Afin de fournir une réponse réactive, adaptée et coordonnée à ces signalements, l’InVS déploie depuis 2008 un dispositif régionalisé : les Gast, Groupes d’alerte en santé travail. Mobilisant des expertises pluridisciplinaires, les Gast sont composés de médecins de l’Inspection médicale régionale du travail (Directe) et de la consultation de pathologies professionnelles (CHU), et des épidémiologistes des Cellules de l’InVS en région (CIRE) et du département santé travail (DST) de l’InVS. Leur mission est de valider et d’évaluer de manière consensuelle ces signalements d’événements sanitaires inhabituels en santé travail, de réaliser une investigation si elle s’avère nécessaire et de formuler des recommandations en termes d’actions de prévention et/ou de surveillance à mettre en œuvre. Le premier Gast a été mis en place en Aquitaine en 2008 et le dispositif a vocation à être progressivement étendu à l’ensemble du territoire français, Outre-Mer compris. Fin 2015, le dispositif couvrait 11 régions métropolitaines. La majorité des 149 signalements reçus depuis la création du dispositif concerne des cas groupés d’une même maladie, essentiellement des cancers (48 %), ou de mêmes symptômes (19 %). Il peut également être question d’une exposition inhabituelle qui met potentiellement en danger la santé de travailleurs (17 %). L’objectif de cette communication est de présenter le dispositif des Gast, de décrire les signalements d’événements de santé inhabituels en milieu professionnel traités par l’InVS ainsi que les réponses qui leur ont été apportées, en illustrant le propos par des exemples concrets.
Suite à une alerte médiatisée en février 2014 de cas de malaises itératifs dans un collège en rénovation depuis trois ans, une investigation a montré un défaut de ventilation des classes. Malgré les mesures prises, de nouveaux symptômes, principalement des céphalées, sont survenus fin mars 2014, aboutissant à une fermeture du collège. Devant le nombre d’enfants concernés, l’amplification des symptômes et les questionnements des parents, l’investigation s’est poursuivie. Une cellule santé a coordonné cinq volets de travail : épidémiologique, clinique, environnemental, toxicologique et sociologique. Les travaux ont visé à caractériser les symptômes en termes de fréquence, gravité et temporalité, contribuer à la prise en charge clinique, identifier d’éventuels polluants à l’origine des symptômes, et évaluer le ressenti des élèves, de leurs parents et du personnel depuis le début des travaux. Les données d’absence scolaire et les passages à l’infirmerie ont montré un début des symptômes en janvier 2014 chez les élèves, et depuis le début des travaux chez le personnel, sans gravité. L’expertise toxicologique a montré que les polluants retrouvés pouvaient être à l’origine d’inconfort, sans risque à court et long terme. L’analyse socio-anthropologique a mis en exergue, par ailleurs, des relations difficiles entre les décideurs institutionnels, le personnel, les acteurs associatifs sportifs et les parents d’élèves depuis le début des travaux. L’investigation a conclu à un syndrome collectif multifactoriel et à la survenue inhabituelle de symptômes sans gravité à partir de début 2014 chez certains élèves et enseignants. Les mesures prises ont permis d’endiguer la survenue des symptômes, sans nouveau cas à la rentrée 2015. Hormis des difficultés inhérentes à ce type d’épisode, l’expertise multidisciplinaire et la vision croisée des évènements a permis un éclairage de la situation et la mise en place de mesures ad hoc.
Début juillet 2015, une vingtaine de personnes avait présenté des signes digestifs en lien avec une baignade dans le lac d’une base de loisirs qui avait accueilli une crazy-race (course à pied avec obstacles) la veille. Mi-juillet, de nouveaux malades y ont été signalés, notamment parmi des scouts campant sur le site. Les urgences pédiatriques les plus proches ont été saturées. Une investigation a été menée pour identifier l’origine de ce second épisode et contribuer aux mesures de contrôle. Un questionnaire portant sur les symptômes et les expositions à risque a été administré aux quatre camps d’enfants présents sur le site. Une enquête environnementale et des analyses microbiologiques ont été réalisées. Des coprocultures ont été analysées par le CNR. Deux camps d’enfants ont été touchés par l’épidémie, avec un total de 40 malades (taux d’attaque = 61 %) présentant une prédominance de nausées et vomissements, parfois associés à des diarrhées ou à de la fièvre, comme observé début juillet. Deux enfants ont été hospitalisés pour déshydratation. Aucune association avec la baignade ou les repas n’a été retrouvée. Les deux coprocultures étaient positives à Norovirus de génotype GIIg/II.1. Une promiscuité des hébergements sous tente, un partage des sanitaires entre les deux camps d’enfants, ainsi que la survenue de cas sporadiques, entre les deux vagues épidémiques, ont été rapportés. L’investigation a conclu à une éclosion épidémique de gastro-entérites à Norovirus avec une transmission probable de personne à personne. Un lien avec le premier épisode, pour lequel la baignade dans le lac suite à la crazy-race avait été identifiée comme facteur de risque, ne peut être exclu. Des recommandations concernant l’organisation de la crazy-race 2016 ont été formulées auprès des organisateurs. Une réflexion nationale sur la sécurité sanitaire de tels événements sportifs apparaît nécessaire.
Les signalements d’événements de santé inhabituels en milieu professionnel, reçus et traités par l’Institut de veille sanitaire (InVS), sont de plus en plus fréquents. Ils concernent potentiellement plusieurs acteurs locaux et régionaux, et peuvent susciter des réponses retardées, dispersées, parfois incohérentes. Afin de fournir une réponse épidémiologique réactive, adaptée et coordonnée aux signalements et alertes en santé travail, l’InVS déploie depuis 2008 un dispositif régionalisé : les Gast, groupes d’alerte en santé travail. Chaque Gast réunit deux épidémiologistes de l’InVS, l’un de la cellule régionale (département de coordination des alertes et des régions, Dcar) et l’autre du département santé travail (DST), un médecin inspecteur régional du travail de la Direccte et un médecin de la consultation de pathologie professionnelle (CPP) du centre hospitalier universitaire. L’ARS, le médecin du travail, le CHSCT, l’entreprise sont impliqués et régulièrement informés du traitement du signalement. Le dispositif des Gast, qui a vocation à couvrir l’ensemble du territoire national, est à ce jour implanté dans dix régions métropolitaines. Une base de données nationale permet d’enregistrer tous les signalements et les réponses apportées, d’analyser et faire le bilan annuel des activités de veille et d’alerte de l’InVS dans le domaine des risques professionnels. Ce système est étroitement lié aux dispositifs nationaux et régionaux de santé publique et de santé au travail.
Eight cases of psittacosis due to Chlamydia psittaci were identified in May 2013 among 15 individuals involved in chicken gutting activities on a mixed poultry farm in France. All cases were women between 42 and 67 years-old. Cases were diagnosed by serology and PCR of respiratory samples. Appropriate treatment was immediately administered to the eight hospitalised individuals after exposure to birds had been discovered. In the chicken flocks, mainly C. gallinacea was detected, a new member of the family Chlamydiaceae, whereas the ducks were found to harbour predominantly C. psittaci, the classical agent of psittacosis. In addition, C. psittaci was found in the same flock as the chickens that the patients had slaughtered. Both human and C. psittaci-positive avian samples carried the same ompA genotype E/B of C. psittaci, which is widespread among French duck flocks. Repeated grassland rotations between duck and chicken flocks on the farm may explain the presence of C. psittaci in the chickens. Inspection by the veterinary service led to temporary closure of the farm. All birds had to be euthanised on site as no slaughterhouses accepted processing them. Farm buildings and grasslands were cleaned and/or disinfected before the introduction of new poultry birds.
En 2013, plusieurs cas groupés d'oreillons ont été signalés dans des communautés de jeunes adultes, dont 72 % étaient correctement vaccinés (2 doses). L'objectif de cette étude était d'estimer la diminution de l'efficacité vaccinale avec le temps. Une étude cas-témoins multicentrique a été menée à partir des cas groupés d'oreillons survenus entre janvier et juin 2013 dans des universités ou casernes militaires françaises. Seuls les cas confirmés ou probables (parotidite de plus de deux jours ou de moins de deux jours avec un lien épidémiologique avec un cas) ont été inclus. Les témoins, issus de la même population, ont été appariés aux cas selon le lieu de vie et l'année d'étude/événement commun. Étaient exclues les personnes ayant des antécédents d'oreillons ou sans statut vaccinal renseigné. Les analyses ont été réalisées à partir d'une régression logistique conditionnelle expliquant la survenue de la maladie par le délai depuis la dernière dose et l'âge (modélisés par des polynômes fractionnaires), le sexe et le nombre de doses. Soixante cas et 227 témoins ont été inclus dans l'étude ; 77 % des cas et 76 % des témoins étaient vaccinés avec deux doses (p = 0,89). Nos résultats montrent une association significative entre le risque de développer la maladie et l'augmentation du délai depuis la date de la dernière injection de vaccin (p = 0,03). Cette étude confirme la perte d'immunité contre les oreillons au cours du temps. Elle justifie la recommandation d'une troisième dose de vaccin lors de cas groupés d'oreillons dans une communauté.
Objectives To estimate the proportion of pleural mesothelioma cases that can be attributed to asbestos exposure in France including non-occupational exposure. Methods A population-based case-control study including 437 incident cases and 874 controls was conducted from 1998 to 2002. Occupational and non-occupational asbestos exposure was assessed retrospectively by two expert hygienists. ORs of pleural mesothelioma for asbestos-exposed subjects compared to non-exposed subjects, and population-attributable risk (ARp) of asbestos exposure were estimated using a conditional logistic regression. Results A clear dose-response relationship was observed between occupational asbestos exposure and pleural mesothelioma (OR=4.0 (99% CI 1.9 to 8.3) for men exposed at less than 0.1 f/mL-year vs 67.0 (99% CI 25.6 to 175.1) for men exposed at more than 10 f/mL-year). The occupational asbestos ARp was 83.1% (99% CI 74.5% to 91.7%) for men and 41.7% (99% CI 25.3% to 58.0%) for women. A higher risk of pleural mesothelioma was observed in subjects non-occupationally exposed to asbestos compared to those never exposed. The non-occupational asbestos ARp for these subjects was 20.0% (99% CI −33.5% to 73.5%) in men and 38.7% (99% CI 8.4% to 69.0%) in women. When considering all kinds of asbestos exposure, ARp was 87.3% (99% CI 78.9% to 95.7%) for men and 64.8% (99% CI 45.4% to 84.3%) for women. Conclusions Our study suggests that the overall ARp in women is largely driven by non-occupational asbestos exposure arguing for the strong impact of such exposure in pleural mesothelioma occurrence. Considering the difficulty in assessing domestic or environmental asbestos exposure, this could explain the observed difference in ARp between men and women.
Fin mai 2013, un CH du Lot-et-Garonne signale 4 cas d'infections respiratoires aiguës à la plateforme de veille et d'urgences sanitaires d'Aquitaine. Une investigation est menée pour décrire l'épisode, identifier la source de contamination et contribuer aux mesures de contrôle. Dans un contexte de virus émergents, une exposition à coronavirus MERS-CoV et à H7N9 est rapidement écartée au profit d'une suspicion de psittacose. Une enquête descriptive approfondie est réalisée pour confirmer le diagnostic, recueillir les facteurs d'exposition et assurer une recherche active de cas. Les enquêtes vétérinaires et environnementales sont mises en œuvre pour retrouver les potentielles sources de contamination. Au total, huit cas de psittacose, dont 4 confirmés par PCR par le CNR, ont été recensés. Ces cas ont été identifiés parmi un groupe de 15 femmes, soit un taux d'attaque de 47 %, ayant éviscéré une centaine de poulets lors de préparation de repas de mariage les jours précédents les signes. La présence de Chlamydia psittaci a été confirmée à partir du lot de poulets concerné. Le génotype déterminé à partir des prélèvements humains et vétérinaires était un génotype classiquement détecté chez les canards, espèce aviaire aussi présente sur l'exploitation. L'investigation a permis de conclure à un épisode de cas groupés de psittacose par contact étroit avec des poulets infectés. Ce type d'épisode, relativement rare, rappelle la vigilance nécessaire dans un contexte de virus émergents et l'intérêt d'une collaboration réactive des acteurs pour mettre en œuvre rapidement les mesures de contrôle.